Présenté en sélection officielle, le film « L’abandon » revient sur la chronologie des faits qui ont mené à l’assassinat de Samuel Paty. Une fiction documentée qui sort deux mois seulement après le verdict définitif de la cour d’assises d’appel.
Article d’Annabel Mora pour Still magazine.
Le timing est serré. Alors que le dossier judiciaire s’est refermé en mars dernier avec la confirmation des peines pour Abdelhakim Sefrioui et Brahim Chnina, le cinéma s’empare du sujet. « L’abandon » retrace les 11 jours qui précèdent l’assassinat de Samuel Paty, depuis le cours sur la liberté d’expression jusqu’à l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine.

Le portrait d’un homme face au bruit
Plutôt que de se focaliser sur l’acte de violence lui-même (pudiquement laissé hors-champ), le réalisateur filme l’isolement progressif de l’enseignant. Le scénario s’appuie sur les éléments désormais célèbres du dossier : le mensonge initial de l’élève, la vidéo virale de Brahim Chnina (condamné en appel à 10 ans de réclusion), et l’influence d’Abdelhakim Sefrioui.
L’acteur principal, Antoine Reinartz, livre une performance toute en retenue, incarnant un homme qui tente de maintenir le dialogue alors que le monde extérieur a déjà décidé de le condamner. Le film parvient à retranscrire cette « fatwa numérique » dont la justice a fait un exemple historique il y a deux mois.

Un film de procès sans la cour
Si le film se termine au moment où le procès commence, c’est pour mieux nous placer devant nos propres responsabilités. En salle de presse, les débats sont vifs : peut-on déjà fictionnaliser un drame dont les plaies judiciaires sont encore à vif ?
L’émotion à la fin de la première au Grand Théâtre Lumière, avec presque 10 minutes d’applaudissements et les larmes de la sœur de Samuel Paty, présente pendant la projection, confirme que le film a bel et bien sa place à Cannes. Le festival, qui a toujours été politique aussi, donne à voir un long-métrage sensible évoquant une colère folle, une injustice liée aux réseaux sociaux, une envie de crier après son visionnage. Personne ne peut rester indifférent face à une histoire si dramatique, mêlant des mensonges, un emballement extrémiste, une directrice de collège (incarnée par la talentueuse Emmanuelle Bercot) désarmée, des parents sous le choc.

« L’abandon » ne vient pas pour plaire, mais pour témoigner. Dans un festival souvent taxé de déconnexion, cette plongée dans les fractures de la société française agit comme un rappel à l’ordre. La sortie en salles est prévue pour l’automne prochain, date anniversaire du drame.
- Ce qu’on a aimé : Le refus du sensationnalisme. Le film évite le piège du thriller pour rester un drame humain et politique.
- Le bémol : Une fin peut-être trop abrupte, qui laisse le spectateur avec une gorge nouée que seul le silence du générique vient soulager.
Déjà en salle.


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