Nous avons assisté à la masterclass Women In Motion organisée par Kering avec l’actrice Géraldine Nakache, modérée par la journaliste de Madame Figaro Marilyne Letertre. Le nouveau film de Géraldine Nakache “Si tu penses bien” est en sélection officielle du Festival de Cannes et sort au cinéma le 16 septembre 2026.
Propos recueillis par Annabel Mora

L’honneur de la sélection cannoise
Marilyne Letertre
Votre 4e film, “Si tu penses bien”, est magnifique. Il a été présenté à Cannes Première, c’est votre première sélection en tant que réalisatrice au festival, qu’est-ce ce que ça représente ?
Géraldine Nakache
C’est un honneur immense. Très intense aussi parce que Cannes c’est le cinéma mondial. C’est la reconnaissance des pairs en quelque sorte. Et puis c’était la première projection publique du film. La dernière fois que j’ai vu le film, moi, c’était dans un audit de mixage, j’en parlais techniquement, et là tout d’un coup, je livre ce travail de 4 années au public.
Questionner le féminin et mettre en lumière l’emprise
Marilyne Letertre
“Si tu penses bien”, c’est l’histoire de la relation d’emprise dans un couple, notamment à travers le prisme de la religion. Pourquoi est-ce que vous avez choisi un tel sujet et de cette façon ?
Géraldine Nakache
J’ai toujours eu besoin de questionner le féminin. Ce qui se passe autour des femmes, entre les femmes elles-mêmes. À mon âge, peut-être aussi parce que je suis devenue maman, j’ai une responsabilité en tant que scénariste et metteuse en scène, de me dire que ce que je mets dans la lumière, je l’utilise pour continuer à en parler.
“Si tu penses bien”, c’est comme si c’était le sujet avant que ça devienne une statistique. J’ai l’impression que le cinéma, pas que, la culture de manière générale, les arts aussi, permettent de se renseigner, s’ouvrir.
Briser les étiquettes et changer de registre
Marilyne Letertre
”Si tu penses bien”, c’est votre 4e film, et dans un registre très différent, qu’on n’aurait pas attendu d’ailleurs. Est-ce que c’est difficile de s’autoriser à aller explorer d’autres territoires, justement ?
Géraldine Nakache
J’ai l’impression que partout, quand on vient de la comédie, on doit faire de la comédie. Après, il y a une réalité à laquelle je me suis confrontée, c’est que pour faire un film, il faut trouver de quoi le financer. « Géraldine Nakache va faire un drame ? Elle ne veut pas revenir avec une comédie ? » Mon producteur est belge parce que je m’étais dit qu’il n’allait pas d’étiqueter. Et c’est vrai, il ne l’a pas fait. Je pense à mon grand frère puisqu’il est metteur en scène et que vous le connaissez… et j’ai pas l’impression qu’on pose cette question-là à mon frère quand il change de registre. Le changement de registre, c’est plus particulier chez les femmes.
La sororité et le collectif contre la concurrence
Marilyne Letertre
Vous êtes aussi très proche de plusieurs actrices. Est-ce que ça résonne pour vous le mot “sororité” ? Et donc la concurrence qu’on entend souvent être mise en avant pour les actrices, c’est une légende ?
Géraldine Nakache
Ma mère a dû poser ça à l’intérieur de mon corps quand j’étais bébé, j’ai dû être élevée comme ça, c’est quelque chose qui me rassure, c’est inhérent à mon éducation aussi.
Le cinéma c’est l’idée du collectif, on ne fait rien tout seul. Moi j’ai un copain metteur en scène, c’est Jonathan Cohen. Quand il fait fabriquer “La Flamme”, “Le Flambeau”, qui est diffusé sur Canal+, il se dit : « Je vais aller chercher toutes mes copines, toutes les meilleures actrices, celles que j’adore le plus et je vais les mettre ensemble”. Il nous a fait un cadeau immense. Parce qu’en fait, quand on en a une, il n’y en a pas d’autre en général sur un plateau. C’est le 1er gars qui s’est dit « Je les veux toutes, en fait ».
Après, il faut faire son trou comme on dit, et c’est vrai que ce qui est difficile, c’est de durer, c’est de rester. Mais c’est un autre sujet, il ne s’agit pas de concurrence.
Transmettre la confiance reçue
Marilyne Letertre
Justement, de la confiance qu’on gagne au gré du parcours, est-ce qu’aujourd’hui vous êtes fière du chemin parcouru ? Est-ce que vous allez arriver à vous dire fière de ce que vous faites ?
Géraldine Nakache
Il faut aussi que nous, on ait confiance en nous. C’est même le sujet du film et de la femme que je filme. Ces gens-là, ils m’ont donné confiance. Et ça n’a pas de prix parce que grâce à eux aujourd’hui, je fais du cinéma. Et aujourd’hui, avec “Si tu penses bien”, par exemple, je me dis que si ça peut donner confiance aux victimes, à des personnes qui vivent ça, pour se dire “Je ne suis pas seule, il faut que je me parle”, je trouve ça formidable.


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