Après avoir présenté son film Méli-Mélo au Festival de Cannes, puis en compétition au prestigieux Festival d’Annecy, la réalisatrice canadienne et cofondatrice du studio d’animation Giant Ant, Leah Nelson poursuit le parcours remarquable de son premier long-métrage, en compétition au Festival du Film Américain de Deauville.
Adaptation du roman graphique incontournable de Sarah Leavitt “Tangles : Alzheimer, ma mère et moi” le film est porté par un casting vocal d’exception et explore le basculement d’une famille face à la démence, entre humour décapant et profonde catharsis.
Par Annabel Mora pour Still Magazine
Comment raconter la maladie d’Alzheimer sans céder au pathos, tout en conservant la légèreté et le mordant de la vie ?
C’est le défi relevé par Leah Nelson avec Méli-Mélo. L’histoire suit Sarah (doublée par Abbi Jacobson), une jeune artiste qui voit ses projets et son entrée dans la vie adulte soudainement percutés par le diagnostic de sa mère Midge (Julia Louis-Dreyfus). Dès les premières minutes de notre entretien, Leah Nelson revendique la singularité du ton de son œuvre :
« Je le décrirais comme une comédie noire parce que c’est vraiment ce que je voulais faire. C’est l’histoire d’une jeune femme qui essaie juste de lancer sa vie, et on lui coupe l’herbe sous le pied quand sa mère tombe malade. »

Un deuil miroir : la fiction rattrapée par le réel
L’adaptation du roman graphique de Sarah Leavitt a pris une dimension intime inattendue pour la cinéaste au moment d’entrer en production. Alors qu’elle avait elle-même côtoyé la démence chez ses proches, la réalité l’a rattrapée à l’aube du tournage.
« J’ai perdu mon père trois jours avant le début de la production, très soudainement. Je n’avais pas vécu la perte d’un parent jusque-là et je ne mesurais pas à quel point c’était profond avant de le vivre. »
C’est cette authenticité à vif qui donne au film sa portée universelle. Pour Leah Nelson, le rire n’est pas une esquive, mais une arme de survie indispensable face au drame :
« Ce que ce livre m’a apporté, c’est la permission de rire au milieu d’une situation sombre, dure et triste. On a tous eu des moments sur ce film qui nous ont touchés au plus près. Je veux que les gens repartent en se sentant moins seuls, compris et qu’ils s’autorisent à rire. »

L’art du dessin à la main : refuser le spectaculaire pour toucher au cœur
Contrairement aux superproductions numériques, Méli-Mélo fait le choix exigeant d’une animation 2D entièrement dessinée à la main, image par image. Un parti pris esthétique qui a imposé des contraintes de fabrication rigoureuses mais indispensables pour traduire le carnet de croquis de l’héroïne.
« Dans ce style d’animation, chaque image est dessinée à la main. On ne pouvait pas revenir en arrière. On n’avait pas un budget Netflix, alors mes animateurs m’ont souvent dit « non » ! Il a fallu être extrêmement intelligents sur les scènes où l’on déployait de la grosse animation et savoir rester très simples quand la famille est juste assise autour de la table de la cuisine. »

Une alchimie rare en studio de doublage
Pour incarner cette famille cabossée mais unie, des figures majeures de la comédie américaine : Bryan Cranston, Abbi Jacobson, Seth Rogen ou encore Julia Louis-Dreyfus. À l’encontre des usages de l’animation où les comédiens enregistrent leurs voix de manière isolée, Leah Nelson a tenu à les réunir physiquement dans la même pièce.
« On a réussi à mettre les acteurs Bryan Cranston, Abbi Jacobson, Seth Rogen et Julia Louis-Dreyfus ensemble dans le même studio d’enregistrement. C’était un vrai casse-tête de planning, mais c’était primordial pour moi d’obtenir cette authenticité. On a beaucoup ri et beaucoup pleuré pendant ces enregistrements. Avec nos producteurs, on essayait désespérément de ne pas faire de bruit pour ne pas gâcher les prises ! »
Un événement historique à Deauville
En sélection officielle au Festival de Deauville, MÉLI-MÉLO marque une étape symbolique importante pour le cinéma d’animation pour adultes :
« Je viens d’apprendre que nous sommes le tout premier film d’animation en compétition à Deauville ! C’est incroyable que le festival reconnaisse un film comme le nôtre : indépendant, un peu décalé, en noir et blanc, qui parle d’Alzheimer, et qu’il l’accueille tout simplement comme du grand cinéma. »
En abordant l’accompagnement des aidants avec une pudeur lumineuse et un humour libérateur, Leah Nelson signe une œuvre réparatrice qui continue d’émouvoir les spectateurs bien après le générique de fin.
Méli-Mélo, de Leah Nelson avec Bryan Cranston, Abbi Jacobson, Seth Rogen et Julia Louis-Dreyfus, prévu au cinéma le 20 janvier 2027.


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